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 La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002, dite « relative au droit des malades et à la qualité du système de santé », pouvait laisser espérer que précisément, la qualité du système de santé serait effectivement prise en compte d’une manière prioritaire. Il était donc légitime d’attendre que les décrets qui devant donner corps à cette loi, soient centrés sur ce point, en toute connaissance de cause. En voici quelques extraits

 « L’usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur est réservé aux personnes titulaires d’un diplôme sanctionnant une formation spécifique à l’ostéopathie ou à la chiropraxie délivrée par un établissement de formation agréé par le Ministre chargé de la santé dans des conditions fixées par décret. Le programme et la durée des études préparatoires et des épreuves  après lesquelles peut être délivré ce diplôme sont fixés par voie réglementaire. ---------------. Toute personne faisant un usage professionnel du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur est soumise à une obligation de formation continue, dans des conditions définies par décret.(Et Dieu sait si elle sera nécessaire cette formation continue pour compenser la formation inexistante  préconisée par les décrets). …La Haute Autorité en Santé est chargée d’élaborer et de valider des recommandations de  bonnes pratiques. Elle établit une liste de ces bonnes pratiques à enseigner dans les établissements de formation délivrant le diplôme mentionné au premier alinéa.( Au terme des décrets, ces bonnes pratiques reviennent à traiter des corps dépourvus de tête et de viscères)… Un décret établit la liste des actes que les praticiens justifiant du titre d’ostéopathe ou de chiropracteur sont autorisés à effectuer, ainsi que les conditions dans lesquelles ils sont appelés à les accomplir.( Là encore, ce sera l’occasion d’éliminer des gestes essentiels à la pratique) …

Dans les décrets publiés au journal Officiel du 27 mars 2007, on cherche désespérément la préoccupation de qualité contenue dans le titre de la loi.                                          

Tout d’abord, l’essence même de l’ostéopathie est pervertie par la vision médicale qui en est donnée. Dans ce pays, décidément rien de ce qui concerne le domaine de la santé ne peut échapper au contrôle de la médecine allopathique dominante. On ne peut pas être choqué par le fait qu’un contrôle soit exercé mais en revanche, il est choquant qu’une seule vérité soit admise. On a vu s’exercer cette dictature sur l’homéopathie, l’acupuncture et sans doute était-il parfaitement utopique d’espérer un seul instant que l’ostéopathie pourrait se voir conférer un statut de relative indépendance. Aussi c’est la médecine officielle qui donne sa définition de l’ostéopathie ! Dans cette vision médicale au champ rétréci, l’ostéopathie ne consiste plus qu’en un certain nombre de techniques de manipulations vertébrales, qu’on a appelées selon les époques, vertébrothérapie, « ostéothérapie » ou autre chiropraxie. Elle reste à des années lumières de la notion de globalité du corps humain laissant ainsi hors de portée, le constat simple, qu’un changement dans la qualité plastique des tissus corporels, où qu’il se situe, a nécessairement des conséquences à proximité et à distance. Se refusant à accepter que le corps humain constitue une unité elle semble ainsi vouloir justifier les innombrables spécialités médicales qui entérinent dans les faits la notion d’un corps composée de « pièces rapportées ». Plus le corps est divisé plus il perd de pouvoir, il ne s’appartient plus comme l’avait si bien décrit Ivan Illich dans son ouvrage de 1974 : « Némésis médicale, l’expropriation de la santé ». La démarche ostéopathique tend à rendre à chacun le titre de propriété de son propre corps. Si la tentation est grande de dire que la médecine divise pour mieux régner, l’ostéopathie unifie pour libérer. Que proposent les décrets ? D’abord un titre partagé par au moins trois catégories de praticiens qui sont les médecins, les kinésithérapeutes et ceux qui, n’appartenant à aucun de ces deux groupes, ont reçu une formation à partir du baccalauréat. Cette dernière filière, dite initiale, était construite sur six ans ou 5000 heures. C’était celle qui ouvrait à une véritable profession nouvelle. Et c’est sans doute là que le bât a blessé car les professions de santé en place, ne souhaitaient pas voir surgir une profession  considérée comme concurrente. Elles préfèrent à l’évidence se partager le gâteau apporté tout préparé par les ostéopathes de la première heure. Alors que l’OMS recommande une formation répartie sur au moins 4300 heures, les décrets réduisent cette durée à 2660 heures ou 3 années d’études pour les étudiants en formation initiale et à 1225 heures pour les kinésithérapeutes ou les médecins. Mais pour ceux-là, l’ostéopathie n’est pas considérée comme une médecine à part entière et reste, hors concept, un adjuvant à d’autres pratiques, ce qui la voue à une dévaluation inévitable. Les  utilisateurs qui connaissent déjà l’ostéopathie ne seront pas trompés par les plaques professionnelles d’activité partagées qui ont commencé à éclore à tous les coins de rue (et cela ne fait que commencer), mais les autres ? Combien de déceptions devront-ils connaître avant de réaliser que l’ostéopathie qu’on leur « sert » n’est peut-être pas celle qu’ils étaient en droit d’attendre. Que penser d’une ostéopathie dans laquelle l’approche crânienne n’est plus enseignée, pas plus que la sphère viscérale. Comment faire pour traiter des patients censés demander un certificat de non contre indication  à leur médecin lorsqu’il faut envisager d’approcher la colonne cervicale (ce qui est presque inévitable). Comment espérer soulager le crâne des nourrissons qui ont connu une naissance compliquée, s’il fallait d’abord demander le même type de certificat à un médecin qui ne connaît rien à la pratique ostéopathique. Comment aider les femmes enceintes à achever leur grossesse sans souffrir de lombalgies ou de sciatiques si l’on n’est plus autorisé à les traiter ?

Ces conditions sont bien celles d’une mort programmée de l’ostéopathie. Aussi j’appelle tous ceux pour qui l’ostéopathie représente l’engagement de leur vie, à la désobéissance civile. Quand une loi est injuste, il est juste de lui résister. « La désobéissance civile, affirme Gandhi, avant le pasteur Martin Luther King, est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. » Alors nous en sommes là. Pour continuer à pratiquer dans le respect de l’ostéopathie, nous devons refuser d’obéir à cette loi contre-nature, pour le plus grand bien des patients, seule raison d’être de l’ostéopathie.

  Alain Andrieux DO

 

Il est à noter que la présence des chiropracteurs dans cette loi créait d’emblée une ambiguïté car ostéopathie et chiropraxie n’ont guère en commun que l’usage des mains. Les représentants de cette profession ont sans doute eu la sagesse de se retirer des négociations lorsqu’il leur est apparu que le statut qui se profilait serait par trop éloigné de celui auquel ils aspiraient. L’avantage des chiropracteurs a toujours été l’unité dont ils ont su faire preuve au cours des négociations. Le principal souci des ostéopathes réside depuis longtemps dans l’existence de trop nombreuses écoles et dans trop d’intérêts particuliers non maîtrisés.