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Publié par Trickster

 

                                   ECRIRE C'EST (parfois) HURLER EN SILENCE.

 

Le printemps est là, la sève monte, les bourgeons éclatent et les patiences se craquellent sous la poussée des exaspérations étouffées.

L'ostéopathie est directement concernée par cette montée en pression printanière. Avec la domination du foie, la colère montre le bout de son nez pour dénoncer une situation devenant insupportable et qui perdure. 

Cette situation anormale est celle de l'exploitation par les écoles de la bonne volonté des professionnels qui acceptent d'accueillir des étudiants en recherche de stages que ces mêmes écoles ne sont pas en mesure d'assurer.

Je ne sais pas s'il existe encore beaucoup de praticiens qui se font gloire d'avoir dans leur cabinet un stagiaire en formation. Mon opinion est plutôt que ceux qui acceptent de jouer ce rôle, le font contraints et forcés, non pas pour les écoles mais plutôt parce qu'ils sont pris de compassion pour ces jeunes gens qui ne savent pas encore, pour la plupart, vers quelle galère ils se dirigent.

 

C'est cette surpression qui a conduit notre confrère Thierry Le Men à écrire à un directeur d'école le courrier qui suit.

Il m'en a adressé une copie avec la brève introduction qui le précède je lui cède donc la" plume" :

 

Voilà déjà un certain temps que la moutarde me monte au nez, et il est, je pense, grandement temps, pour ne pas dire trop tard, de dire ouvertement ce que la majorité des professionnels garde sous silence.
Depuis de nombreuses années, je reçois au cabinet des stagiaires en fin d'études d'ostéopathie.
Il y a deux mois environ, j'ai reçu, d'une école d'ostéopathie, une incitation à me déclarer officiellement auprès d'eux en tant que maître de stage. Cette promotion honorifique aurait sur ma vie professionnelle deux atouts majeurs : d'abord, je serai référencé sur leur site internet; ensuite, une affichette me serait offerte afin d'apposer mon nouveau titre dans la salle d'attente de mon cabinet.
Je vous livre ci dessous la lettre que je lui ai fait parvenir.
Comme il est dit en fin de lecture, ce « coup de gueule » ne concerne pas une école, mais bien la quasi totalité des structures de formation à l'ostéopathie.

 

 

 

Le 30 Mars 2011

 

 

 

Madame, Monsieur,

 

 

J'accuse réception de votre courrier en date du 7 février, me demandant de me référencer auprès de vous pour devenir « officiellement » Maître de stage.

 

Je voudrais simplement vous signaler que, si j'accepte de recevoir des stagiaires au sein de mon cabinet, ce n'est certainement pas pour me faire valoir auprès de ma patientèle qui me suit depuis plus de trente ans ; votre proposition, oh combien alléchante, visant à promouvoir notre statut de maître de stage de votre établissement, d'une part par affichette  à apposer dans la salle d'attente ( !! ), d'autre part en assurant un référencement sur votre site internet, ne m'intéresse pas, mais alors pas du tout.

 

Ce n'est pas non plus pour rendre service à votre école, car je n'en ai aucune envie. 

En effet, l'ego de la direction des écoles ne leur permettant pas de gérer le flux de leurs étudiants, provoquant ainsi une situation asphyxiante pour la profession, je suis malheureusement devenu un partisan inconditionnel du « boycott » des écoles par les enseignants, après avoir moi même enseigné il y a une quinzaine d'années. 

 

Utopie, certes. Surtout quand on sait que les jeunes diplômés commencent déjà à crever de faim... et ne demandent qu'à être embauchés, à vil prix, pour enseigner ce qu'ils viennent tout juste d'apprendre et profiter ainsi de l'aura du statut d'enseignant pour flatter une très hypothétique patientèle!

 

Utopie, donc. Mais si certains ont un esprit mathématique ( 1 + 1 = 2 ), il est souhaitable que d'autres gardent l'esprit libre de rêver à un monde généreux.

 

J'ai bien dit généreux. La générosité ne consiste pas, à mon sens, à permettre à tous les jeunes d'accéder, moyennant 6 ou 8 000 euros par an, à une formation qui mènera  un bon nombre d'entre eux au RSA, mais plutôt de les informer des embouteillages professionnels, et de faire en sorte de préserver l'avenir d'une profession. Et pas n'importe quelle profession : la nôtre, la vôtre. Celle qui nous a fait vibrer tout au long de notre vie, qui a retenu toute notre attention et nous apporte tant, aussi bien au niveau de la réflexion professionnelle que personnelle.

 

 

 

Nous accueillons au sein du cabinet, dans la mesure du possible, chaque étudiant qui en fait la demande, et peu nous importe l'école. Il est en effet trop tard pour empêcher ces jeunes, après cinq années d'études, de changer d'orientation professionnelle. Alors, autant leur permettre un complément de formation, afin de tirer ces nouveaux confrères vers le haut.

 

C'est une action solidaire, une action de confraternité. 

 

Il nous importe de transmettre, bien modestement,  l'activité ostéopathique et relationnelle réalisée en cabinet depuis de nombreuses années. Tout simplement. Sans en tirer ni profit, ni orgueil. Sans titre racoleur à la clé. Juste transmettre. Et tant mieux si l'élève dépasse le maître.

 

C'est dans cet esprit, et seulement dans cet esprit, que nous acceptons de recevoir les étudiants. Une sorte de compagnonnage.

 

Vous l'aurez compris, cette lettre ne vous est pas exclusivement adressée. Elle est un cri de révolte contre le saccage d'une profession par une poignée de personnes qui, sous le couvert d'un esprit généreux de transmission du savoir, est davantage attirée par la notoriété et le profit immédiat.

 

Merci de l'attention que vous aurez pris à lire cette lettre, en espérant qu'elle aura déclenché quelques réflexions enfouies sur l'avenir de l'ostéopathie.

 

 

 

 

 

Thierry LE MEN

Ostéopathe Eur’Ost D.O.

 

 

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renaud 31/03/2011 16:59


un rayon de soleil!