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Publié par Trickster

Le mot tenségrité est venu à nos oreilles pour la première fois en 2001 à l'occasion d'une conférence de Michael Patterson Ph D, donnée dans le cadre d'un symposium du CEO à Montréal. 

Le concept architectural de tenségrité fut à la base de l'édification du pavillon canadien de l'exposition universelle de 1967.

Comme (presque) tout le monde le sait maintenant, ce concept repose sur l'association complémentaire "compression-tension" et résume, d'une façon à la fois très synthétique et très pertinente, la manière dont nos corps soumis à la gravité s'en accomodent au mieux. C'est aussi le principe qui servit à l'édification de certaines sculptures modernes qui semblent justement défier la gravité

300px-Biosphere_de_Montreal_en_juillet_2011.jpgmiguel_chevalier_13_gd.jpg

Biosphère de Montréal (1967)

 

Il est intéressant de se reporter au mémoire de Jean François Megret en 2003 et en particulier aux pages 11 et 12 qui situent la place de la tenségrité dans l'histoire de l'ostéopathie, avant que l'on baptise de ce nom un concept qui n'est au fond que la traduction mathématique de ce que l'on peut observer et reconnaître par une observation et une écoute attentives de la structure corporelle.

Avant la théorie, la pratique ! Comme c'est très souvent le cas dans le domaine ostéopathique. D'abord on découvre, ensuite on théorise.

J'en suis venu à reparler tenségrité en raison de la promotion faite par les éditions Sully d'un nouveau livre qui prend appui sur le concept de tenségrité un peu comme pour justifier la pratique crânienne de l'ostéopathie. Je me réjouis de constater qu'au travers de ce concept l'auteur avec qui j'ai échangé, il y a sans doute une vingtaine d'années, sur ce domaine de notre pratique en est venu à accepter comme possible l'influence "structurelle" d'une pratique bien comprise de l'ostéopathie sur la structure crânienne. A l'époque, il voyait cela comme assez fumeux et peu crédible. Sans doute parce que l'attention des étudiants à Atman était d'avantage attirée vers l'écoute, attitude passive, que vers "l'action". Avec un peu de patience et beaucoup de pratique, cette écoute là ne pouvait pourtant mener que vers l'évolution, le changement structurel de ce volume osseux qui, comme semble le révéler l'auteur est déformable.

Et oui, déformable il l'est, comme n'importe quelle autre pièce osseuse, et pas seulement depuis que la tenségrité fut dérobée aux mathématiques comme le feu à Jupiter.

Bien sûr, le crâne change structurellement, l'ostéopathie dans le champ crânien est bien de nature structurelle puisqu'elle agit sur la structure, Sutherland pourrait encore en témoigner qui a soumis son crâne à toutes les contraintes possibles. Les orthodontistes le savent bien, du moins ceux qui sont un peu attentifs et attendent de nous que nous participions activement à l'évolution de la face et du crâne chez certains de leurs patients qui, généralement, ne sont pas des bébés.

Le caractère structurel de l'ostéopathie dans le champ crânien n'est donc pas une découverte mais semble avoir pu être formulé par l'auteur grâce au support théorique du concept de tenségrité.

Maintenant, il y a structurel et structurel.

Dans l'exemple donné par l'auteur, je trouve intéressant son rappel du rôle mécanique du palatin, mais concernant la technique prise comme exemple pour la promotion du livre dite de désenclavement de ce même palatin, décrite de façon on ne peut plus structurelle, je m'interroge sur plusieurs points.

D'abord sur la notion de puissance :

"La prise du sphénoïde par le pouce et l’index sur les grandes ailes est suffisante pour faire la rotation et la flexion nécessaire du sphénoïde. Cependant, la prise sphère antérieure, avec le frontal en troisième point stratégique, donne plus de puissance en augmentant l’interface active."

Qui décide de la puissance ? Et en fonction de quels critères ?

 

Premier temps

L’opérateur va armer la prise sphénoïdale en flexion et rotation pour reculer l’apophyse ptérygoïde homolatérale (en vert).

Sans aucun doute, la pratique est bien structurelle mais qui en est le modérateur ?

Deuxième temps

Par une légère rotation de son buste vers le frontal (flèche blanche), l’ostéopathe aligne son avant bras derrière son doigt palatin intra buccal. Ainsi, ce n’est pas la pulpe du doigt intrabuccal qui agit, mais le corps de l’opérateur au travers de ce contact pulpaire.  

 

L’alignement osseux du poignet, du bras et du tronc de l’ostéopathe constitue une « quatrième phalange » en amont de la pulpe du doigt. Cet artifice permet une action puissante mais confortable.

 La passivité du doigt interne garantit le confort du contact sur la muqueuse.

 Il entraîne le palatin en dehors et le désenclave du maxillaire (en rouge)

 

Au total, parce que le corps humain essentiellement déformable, est construit, relativement, sur le modèle de la tenségrité, jusqu'où est-on autorisé à jouer sur cette capacité de déformation et, si les tissus on toujours raison, comme personne n'en est convaincu plus que moi, à quel moment ont-ils droit à la parole ?

 

AA

 

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Commenter cet article

Nowar 14/12/2011 21:47

C'est moi qui t'offre!
Santé

Trickster 14/12/2011 22:36



Ça marche !



Nowar 14/12/2011 17:31

L'intérêt de la technique, c'est qu'elle se passe de l'humain, ardente gestuelle abstraite du réel, que l'homme lui même ne cesse de pervertir dans son inattention facheuse.
L'opération était parfaite mais le patient n'a pas survécu.
Au dela des débats conceptuels, on retrouve là le froid détachement confusion commune d'avec la neutralité bienveillante.
Servez m'en un autre!
Nowar

Trickster 14/12/2011 17:45



Bonjour ami Nowar,


Je vois que tu n'as pas perdu une once de ta lucidité quasi chirurgicale. A l'occasion je reprendrais bien une tournée moi aussi.



philippe 08/12/2011 20:03

Etre à l'écoute des tissus pour leur donner la parole au delà du vocable à la mode,voilà une ligne de conduite qui caractérise l'ostéopathie que j'aime.C'est dépasser l'acte technique pour
s'aligner sur l'infini champs du possible. Merci pour l'accuité de cet article qui fait du bien et passionant à lire.

Trickster 08/12/2011 20:32



C'est un article qui ne fera peut-être pas plaisir à tous le monde mais je suis heureux de savoir que ma préoccupation est partagée. Merci de m'en avoir fait part.