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Publié par Trickster

papy tête 2
En novembre 2001 quelques réflexions m'amenait à craindre la réglementation tout en sachant parfaitement qu'elle était à la fois inévitable et indispensable. Nous savions à l'issue d'une Assemblée générale de l'UFOF que la loi concernant la réglementation de l'ostéopathie était en marche. Cette loi relative aux droits des malades serait finalement votée le 4 mars 2002.

Ambiance
 :

L’aboutissement (probable) de plus de vingt ans d’effort pour obtenir la réglementation de la profession d’ostéopathe aurait du déchaîner une liesse qu’il ne m’a pas été donné d’observer et que je n’ai d’ailleurs pas éprouvée moi même. Pourtant nous avons obtenu ce qui a coûté tant d’efforts à certains d’entre nous et dont nous avions entériné depuis pas mal d’années l’inexorable nécessité.
Concrètement, et dans la mesure où les choses sont en marche, cela revient à l’acceptation, de la part de ceux qui défendent le concept (du moins on est en droit de le penser), de se dessaisir d’une grande partie de la responsabilité de la mise en place de ce pourquoi ils se battent depuis vingt ans et plus. Cela revient donc à accepter ipso facto que le pouvoir politique se mêle d’installer une manière d’appréhender l’être humain et sa santé, malheureusement assez éloignée des habituelles préoccupations politiques qui, dans le domaine de la santé, apparaissent plus inquiètes du sort des caisses maladies que de la santé individuelle. Pour l’individu, entité unique, c’est une politique sanitaire de masse qui est mise en place. L’ostéopathie qui accorde à chacun son caractère unique saura-t-elle résister à un tel parti pris d’uniformité ? Le seul fait de vouloir recourir aux statistiques pour démontrer la validité de l’ostéopathie n’est-il pas déjà une concession à l’uniformité ?
L’ostéopathie n’a rien à vendre et ne fera rien vendre si elle reste pure. Une telle profession de foi peut-elle survivre longtemps dans une société comme la notre où la santé, ou plus exactement la maladie, représente un marché*. 
Et peut être même, si elle restait pure, pourrait elle contribuer à la diminution des ventes allopathiques. Pouvons nous penser raisonnablement que rien ne sera fait pour pallier à ce que certains ne peuvent considérer que comme un sérieux inconvénient.
J’ai en mémoire la manière dont 2500 ostéopathes de Californie au cours des années soixante, se sont laissés corrompre pour un diplôme de Ph.D moyennant une dépense de 50 dollars. C’était probablement le début d’une période qui a conduit James.Jealous à rédiger cette conférence intitulée : “Accepter la mort de l’ostéopathie : un nouveau départ”. Les ostéopathes français sauraient-ils résister à une telle offre ou à  quelque chose de similaire si cela se présentait (et qui pourrait prendre un aspect beaucoup plus pernicieux) ?
Toute ma crainte est là : tous les ostéopathes reconnus en tant que tels seront-ils assez ostéopathes pour le demeurer contre vents et marées ? Ceux-là auront-ils les moyens de veiller à ce que le futur enseignement n’adopte pas l’uniformité universitaire dont certains rêvent. Je le souhaite de tout cœur et il y aura dans un avenir que je crois proche, beaucoup de mérite à défendre cette attitude. Si quelques uns se sentent encore une âme de chevalier blanc, c’est le moment de sortir l’armure et d’aller quérir le fier destrier.

 
Et bien, si l'ambiance tournée vers une certaine morosité était justifiée, la perception des problèmes à venir était pour le moins incomplète. L'idée de l'attribution d'un titre n'était pas là et le risque de l'incroyable pagaïe créée par la multiplication des enseignements m'avait totalement échappé.
Je redoutais d'avantage la possibilité d'une uniformisation de l'enseignement, autre possibilité de banaliser et de médicaliser l'enseignement de l'ostéopathie par la voie d'un enseignement universitaire. Nous n'en sommes pas là même si on voit apparaître l'expression "médecine manuelle ostéopathique" qui consacre la confusion entre ostéopathie au sens que lui a donné Still, et techniques de manipulation vertébrale*. Il est important de ne pas laisser  le mot ostéopathie devenir un qualificatif mis à toutes les sauces.
Donc, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, mais la nécessité d'être nombreux à demeurer des chevaliers blancs est plus que jamais d'actualité.
                                                                   AA



 *cf Ivan Illich Nemesis ou l’appropriation de la santé Points-Seuil 1974 
* Publication récente d'un livre de Le Corre et Rageot : Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique 

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