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Publié par Trickster

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Il y a deux semaines de cela, j'ai tenté de publier sous ce titre, un petit texte qui me semblait achevé, même si je n'en étais pas entièrement satisfait, ce qui est d'ailleurs souvent le cas, mais il avait le mérite d'exister et de soulever, peut-être, quelques réflexions. Mais voilà, les mystères d'internet et éventuellement aussi le réaménagement de la plateforme over-blog ont contribué à le dissoudre dans l'espace de la toile. Et aucune araignée de ma connaissance n'a été capable d'en récupérer la moindre parcelle. Imprudent et insouciant que j'ai été de n'avoir pas copié ces quelques lignes avant d'appuyer sur la touche fatale pour le publier, je me suis vu condamné à le réécrire. C'était peut-être ça le sens de cet effacement. En serais-je plus satisfait ? Rien n'est moins sûr ! Encore un coup du trickster !

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Ce titre peut paraître bien étrange, voire farfelu, surtout dans la mesure où l'origine est tout à fait ostéopathique. Et d'aucuns pourraient légitimement s'interroger sur le jugement des enfants de Still ou au moins de certains d'entre eux. 

Mais je sais aussi que certains et certaines avec qui j'ai partagé quelques belles journées au cours du mois de juin dernier s'en étonneront moins puisque cette petite phrase n'est autre qu'une citation de Kobayashi Sensei, disciple direct de O Sensei, Morihei Ueshiba.

Au premier abord, "nos mains ne nous appartiennent pas" est une déclaration qui n'est pas beaucoup moins étonnante de la part d'un maître de l'aïkido et de ses différentes branches, maître connu aussi comme grand thérapeute et pour lequel on peut penser que l'usage des mains devait être essentiel.

Alors voilà de quoi examiner au filtre de cette étrangeté le rôle de nos mains et en quoi il pourrait être acceptable "qu'elles ne nous appartiennent pas".

Le toucher est le premier sens qui nous donne accès à ce qui nous entoure et en premier lieu la paroi utérine. Il nous permet en quelque sorte de délimiter le monde, notre monde, celui avec lequel nous ne faisons qu'un, tout le temps que dure notre séjour dans le sein maternel. cf Le génie du fœtus - Jean Marie Delassus -Dunod.

"Le toucher commence donc, au niveau fœtal, par être le moyen de perception de soi comme totalité ; c'est un organe du vécu de totalité et non de la perception de différences ou de nuances comme il le deviendra après la naissance". (p 67)

Dans ce monde privilégié, nous acquérons, comme Jean Marie Delassus le défend, le sens, le ressenti de la totalité.

Cette unité physique avec la mère, avec le "monde", nous la perdons douloureusement à la naissance, moment à partir duquel le toucher va à l'inverse, nous enseigner la différenciation d'avec tout ce qui nous entoure, même si persiste néanmoins, lorsque tout se passe bien, une certaine unité sur un plan non pas encore psychologique pour les intéressés, mais au moins affectif pour l'un et l'autre.

A partir de là, timidement pour commencer, mais avec de plus en plus d'assurance au fil des jours, par cet éloignement de l'unité fœto-maternel, par cette séparation, la constitution de l'ego prend lentement son essor.

Nous différencier de ce qui nous entoure est incontestablement la première étape. Puis nous apprenons à identifier, à reconnaître, à qualifier ce que nous touchons. C'est le début de la mise en place progressive d'un savoir, d'une connaissance qui vient compléter petit à petit l'édification de notre mémoire, et de toutes ses entrées sensorielles, tactiles, visuelles, olfactives, auditives, tout ceci précédant la pensée pour lui donner matière.

Au fin fond de la mémoire demeure quelque part, l'expérience de la totalité, ce sens dont les mains qui en ont constitué l'un des premiers supports, restent l'un des moyens de prise de conscience, de re-connaissance de cette totalité.

Elles sont le premier intermédiaire entre le monde tangible et la conscience que nous en avons, et par conséquent, le premier interface entre l'autre et moi.

La qualité de perception de cet interface est destiné à s'affiner sans cesse.

Tout à la fois, les mains posent des questions et reçoivent les informations qui en découlent.

Tout à la fois, elles permettent l'utilisation de ces informations et enregistrent l'effet qui en résulte.

Mais après leur annexion par l'ego et le service qu'il leur impose, les mains ont progressivement la possibilité de redevenir cet élément de relation avec l'autre, l'autre qui peut constituer un chemin vers cette totalité que nous avons connue et qu'il est tellement difficile de retrouver.

Pour ne pas clarifier le débat, oserais-je poser cette question contenue dans un koan zen ?

Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit ? 

 

AA

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