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Publié par Trickster

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Les quelques remarques comme toujours judicieuses, et précisions apportées par Jean Louis à propos de la phénoménologie évoquée dans l'article précédent m'ont conduit à revenir vers Maurice Merleau Ponty et ce faisant, à découvrir cette photo et surtout la bulle qui l'accompagne.

"La perception a plutôt une dimension active en tant qu'ouverture primordiale au monde vécu »  

Il m'a semblé que cette citation pouvait résonner d'une façon très particulière à nos oreilles d'ostéopathes. Peut-être devrais-je parler plutôt de résonances vibratoires dans nos mains d'ostéopathes. Mais encore faut-il accepter d’entendre, c’est à dire de comprendre le contenu de cette phrase pour qu'il chemine jusqu’à devenir vibration palpatoire.

En effet, que serais-je sans toi, perception ?

Allez, j'ose le dire, peut-être pas qu'un cœur au bois dormant, mais pas grand-chose quand même.

"La perception a plutôt une dimension active en tant qu'ouverture primordiale au monde vécu."

Une petite phrase comme ça, dont on pourrait dire aimablement que par son caractère philosophique et venant de surcroît de Monsieur MMP, elle est sûrement intéressante mais qu'on n'est pas là que pour philosopher, que son monde vécu à lui n'est pas nécessairement le notre, enfin autant de très mauvaises raisons pour éviter de s'y confronter.

Allez, on tente le coup.

La perception au sens large, c’est bien notre premier moyen de connaissance. C’est revenir un instant vers Condillac et le sensualisme pour lequel la connaissance de toutes choses est avant tout le produit de nos sens, lesquels créent le lien entre le monde et notre conscience. Nous sommes informés par nos sens sur la réalité de ce qui nous entoure. Nous "faisons connaissance " avec nos patients par le regard, par l’écoute, par l‘odorat, et bien entendu par un toucher qui va devoir corroborer la somme des informations recueillies. La finesse de nos perceptions dessine avec plus ou moins de précisions le vécu et certaines conséquences de ce vécu pour la personne qui se trouve devant nous et qu'il nous reste encore à toucher.

Toucher pour affiner l’image, le contour, la forme qui se dessine pour confirmer ou modifier le dessin esquissé, toucher aussi, si c’est possible, avec le cœur, pour favoriser cette ouverture des tissus dont nous ne pouvons pas nous passer afin d'approcher au plus près l’âme du "dessin" et lui permettre ainsi de jouer à nouveau son rôle essentiel, celui d’animer.

Être en lien avec l’information, aller au plus près du centre d‘où elle se manifeste et faire le constat qu’à cet endroit, une activité peut apparaître, un mouvement peut renaître.

"La perception a plutôt une dimension active en tant qu’ouverture primordiale au monde vécu."

Une tentative pour illustrer le rôle primordial et actif de la perception.

Une jeune fille de 15 ans. Elle a connu un épisode d’impossibilité à lever le bras droit dans le geste d’enfiler une manche de pull over. Un peu de panique, des anti-inflammatoires et progressivement une relative amélioration. Puis un nouvel épisode avec un cheminement à peu près similaire mais suivi d’une douleur de type névralgique dans l’avant bras droit ; l'intervention d'un médecin, un effet mitigé des anti-inflammatoires sur une douleur qui persiste avec des hauts et des bas. Puis une collègue de travail de la maman suggère l’intervention d’un ostéopathe.

Pas de traumatismes sur cette colonne légèrement marquée par une petite scoliose.

Une naissance qualifiée de normale.

Pas de traumatisme, soit, mais 2 à 3 ans d’orthodontie. "Pas de chirurgie" non plus, mais toutes les dents de sagesses extraites en deux interventions à l’âge de 12 ans !

Porte des lentilles pour corriger une myopie.

Un visage un peu asymétrique, l’œil droit un peu plus haut et un crâne entravé par le redoutable quatuor maxillaire-palatin- sphénoïde-temporal.

Je frémis à l’idée qu’un praticien manuel, plutôt méprisant de la perception et préférant la "solide" rationalité d’une analyse de DIU, aurait pu choisir de manipuler les cervicales de cette jeune fille pour des raisons de territoire douloureux.

La notion de globalité du corps fait encore sourire (jaune de plus en plus souvent, il est vrai) parce que certains ne sont pas sortis d'un formatage établi par de nombreuses années d'études, dépourvues de remises en cause parce que entièrement basé sur un gavage de savoirs dans lequel la relation ne pèse pas lourd, où la perception n'a pas souvent droit à l'honneur de faire partie des moyens de connaissance. Il n'est donc même pas pensable pour certains que la solution d'une douleur du membre supérieur puisse passer par une approche de "shampouineur" intra-buccale.

Parce qu’en effet, il ne restait plus après cela qu’à revenir vers l’avant bras, libérer le carpe et le mouvement relatif du radius et du cubitus.

Sur le coup de 22 heures, cela constitue une énorme satisfaction pour ce petit moi auquel il faut bien, de temps à autre et au détriment de "Muga mushin", donner un os (ou plusieurs) à ronger.

 

AA

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Michel ATTIA 27/11/2011 21:57

Bonjour AA
Pour apporter de l'eau à ton moulin : « Mon corps est la texture commune de tous les objets et il est, au moins à l’égard du monde perçu, l’instrument général de ma ‘compréhension’ ». Toujours de
MERLEAU-PONTY M.dans Phénoménologie de la perception, Gallimard, Paris, 1945, p. 272.
Amitiés
MA

Trickster 27/11/2011 23:26



Merci d'asperger mon moulin avec cette belle citation bien à propos de Monsieur MMP.


Ah 1945, une année de phénomènes...


Amitiés Mich



jean-Louis 27/11/2011 15:23

J'ai oublié de donner les références de la citation donnée dans mon commentaire.
Il s'agit de la "Leçon 69. La raison et le sensible" du site Philosophie et religion (http://sergecar.perso.neuf.fr/)
Le lien est : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/raisonsens.htm

P.P 27/11/2011 14:22

Belle reflexion autour du ressenti à travers la relation soignant/soigné.Elle pose la question des "filtres" qui perturbent notre ressenti et donc du travail sur Soi ,qui permettrait un nétoyage de
ces filtres,d'ouvrir notre conscience en dépassant nos cadres de croyances avec leur remise en question ,voir de changer de paradigme...

Trickster 27/11/2011 23:28



Toute petite réflexion sur un domaine où toute la vie ne suffit probablement pas. Merci d'y participer.



Jean-Louis 27/11/2011 12:58

Ne peut-on pas distinguer la sensation (ou les sensations) de la perception, c'est-à-dire de leur apparition dans la conscience et de ce que chacun en fait à travers une succession, c'est-à-dire
dans une temporalité ?
Car c'est cette temporalité qui fait que le résultat de tests faits sur le même patient successivement par plusieurs ostéopathes qualifiés ne donne pas les mêmes éléments.
Mais ramener Condillac ici me semble exagérer : il manque tellement de données à la théorie du sensualisme qu'elle ne peut pas être envisagée, même comme début d'essai de compréhension.
La complexité de la perception : parce que nos sens nous donnent une double perception : celle de l'objet - (pris au sens le plus général d'objet de la sensation, qui est, évidement une personne
dans le cas du toucher ostéopathique) - que je touche mais qui également me touche. Par là, je découvre le monde extérieur mais le monde extérieur me découvre également et tout autant et dans le
même instant. C'est cette interaction de l'un et de l'autre qui donne à la perception sa dimension, je dirai ontologique, voir transcendante.
Le regard de l’autre me fait quelque chose parce qu’à travers notre regard réciproque se dévoile l’un et l’autre. Et cette rencontre, si elle existe et quand elle existe, est tout simplement
renversante.

Oserai-je essayer d’aller plus loin dans l'approche de nos perceptions ostéopathiques ?
Plus qu’une observation, dont je n’ai pas la réponse, voici un questionnement qui, pour nous ostéopathes (comment puis-je et osai-je me dire aujourd’hui encore ostéopathe ?) doit être un élément
essentiel de notre réflexion :
« Percevoir, c'est percer du regard, voir à travers, ce qui suggère que la perception correcte atteint d'emblée la réalité en traversant le flou de l'apparence. La percée, c'est l'intention. Le
regard dirigé, l'intentionnalité qui vise un objet. Mais dans la perception, l'objet compte bien plus que le sujet. L'objet a le privilège de la réalité. Si nous sommes un peu attentif, nous
entendrons sonner une idée différente dans voir. Le voir suggère une ampleur, une ouverture qui n'est pas limitée à un objet. Dans le voir, il n'y a pas le regard inquisiteur qui veut percer. Que
voulons-nous atteindre en percevant? Un objet défini. Identifier un objet est essentiel, car dans l'attitude naturelle, l'objet équivaut à la réalité. Dans l’attitude naturelle, nous n’avons aucun
mal à imaginer que « derrière » nos sensations, il y a bel et bien une réalité : quelque chose qui existe « en-soi », indépendamment de moi et qui m’envoie, on ne sait trop comment, telle ou telle
sensation. L'intellect pose un monde extérieur face au monde intérieur, suppose une réalité qui est cause de ce que je sens et mes sensations sont des effets de cette existence extérieure.

Seulement cette idée d’une réalité de « derrière » les fagots, cachée, et qui m’affecterait via les sens, c’est tout de même assez obscur ! Pourquoi ne pas considérer que la réalité et ce qui
apparaît dans la sensation ne sont qu’une seule et même chose ? Après tout, mes sens ne me donnent-ils pas directement la réalité ? Ou bien, devons-nous penser que ce qui est réel, c'est seulement
ce qu'objectivement notre raison est à même de déterminer ? Qui est l'autorité du réel ? Mes sens ? Ma raison ? La raison peut-elle me permettre de savoir quand une sensation renvoie à une réalité
? »

Trickster 27/11/2011 13:16



Cher Jean Louis, j'aurais du me douter qu'un commentaire de ta part allait surgir et qu'il allait conduire à approfondir le sujet. Pour cela, la plage des commentaires me parait un peu trop
exigüe, aussi je vais entreprendre une réponse avec un prolongement à cet article. Merci de cette précieuse attention que tu portes aux enfants de Still.



jucoat 27/11/2011 11:13

Que voilà un digne membre de la SOO ! ;-)
Belle remise en lien (!) des échanges d'Apigné et des enseignements du Conquet...
Merci.
reste à éclaircir le sens de cette belle calligraphie ? !

Trickster 27/11/2011 11:40



Merci Julie. Cette calligraphie c'est précisément Muga mushin si ma source est bonne.