Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Trickster

Voilà typiquement une question dans le terrain de laquelle, celui qui se la pose a quelques chances de s'embourber. Qu'à cela ne tienne, chaussons nos cuissardes et engageons nous dans ce marécage. Remarquons au passage que dans - marécage - , il y a en même temps, le danger que représente le marais et le risque d'enfermement figuré par la cage. Qu'importe, qui ne risque rien n'a rien.
D'abord rappelons nous ce que l'on appelle raison. La référence à René* s'impose. A propos du bon sens, que "René" considère être l'équivalent de la raison, il nous dit qu'il sert à démêler le vrai du faux : "la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on appelle le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ». Nous avons vu que  si le bon sens ou raison, est censé être la chose la mieux partagée du monde, il est important de savoir de quel système de référence on parle, car de la part d'interlocuteurs occasionnels, raisonner en utilisant des points de repères différents ne peut mener qu'à l'incompréhension mutuelle, particulièrement si l'on se refuse, d'un côté ou de l'autre, à entr'ouvrir, ne serait-ce qu'un instant, le champ de vision dans lequel on est habitué à évoluer.
 Il nous semble assez clair que, de ce point de vue, médecine conventionnelle et ostéopathie ne raisonnent pas à partir des mêmes règles, même si l'une et l'autre affichent comme but, la santé des personnes.  La médecine s'attache à lutter contre la maladie, l'ostéopathie s'efforce de permettre au corps humain de conserver ou de préserver sa santé, persuadée qu'il en a la capacité intrinsèque. La médecine "sauve" en apportant un agent extérieur, la plupart du temps chimique. L'ostéopathie contribue à ce que le corps retrouve ses capacités d'homéostasie momentanément perdues ou entravées par un changement des qualités tissulaires et trouve ainsi le moyen de "se sauver". De façon basique, l'homéostasie est perdue ou limitée par une perte de mobilité, de perméabilité tissulaire. L'ostéopathie n'apporte pas de solutions par des agents extérieurs mais une assistance aux conditions de l'intérieur.
Nous sommes là, vraiment, dans le B-A BA de l'expression des différences qui semblent devoir toujours être rappelées tant elles sont incomprises. Nous sommes dans l'évidence que l'immense majorité des gens attendent le salut de l'extérieur alors que ce salut se trouve plus ou moins bien caché à l'intérieur. L'important est alors de disposer des moyens d'accès, de trouver le chemin ou d'être aidé pour trouver ce chemin. 
Il faut bien dire que tout est fait dans notre société pour nous éloigner de l'intérieur. L'extérieur à fond. L'une des raisons étant probablement que dans une société dite de consommation, ce qui vient de l'extérieur est payant, que l'extérieur rend dépendant, que ça amène à élire des gens qui s'efforcent de penser, ou au moins de faire semblant, à notre place. Comme on les réélit législature après législature, il faut croire qu'il est tout de même un peu efficace ce système basé sur la consommation. On s'y laisse tous prendre. On consomme.
Mais je m'éloigne peut-être un peu de mon point de départ. M'embourberais-je ?
"Le cœur a ses raisons que la raison ignore". Ça, qu'à Dieu ne plaise, c'est à Blaise* qu'on le doit. Est-ce à dire que l'une et l'autre sont inconciliables ? La raison a-t-elle du cœur ? Je sens que ça vient. 
Je crois malheureusement qu'une certaine raison ne se préoccupe guère du cœur en ce sens qu'elle est si sûre d'elle même, du savoir qu'elle représente, de la science qu'elle croit incarner qu'elle n'offre généralement de place qu'à elle-même. L'intelligence rationnelle est une des plus belles personnification de l'orgueil. La Raison ne peut avoir que raison, même s'il s'agit de mettre le doute en première ligne.
Mais alors le cœur ? Le cœur qu'est-ce ? Je suis sûr que de mauvais esprits ont pensé de façon spontanée : et la raison caisse. Allez vous êtes pardonnés.
On relie nécessairement le cœur au sentiment et il est essentiel de ne pas confondre sentiment et émotion comme c'est presque systématiquement le cas. Au pied de la lettre, ou de l'étymologie, l'émotion fait bouger, elle déstabilise, elle fait parfois perdre la raison. C'est bien clair, n'importe quel thérapeute sous l'emprise de l'émotion devient une catastrophe.
Le sentiment est à l'inverse un ressenti stabilisateur, unificateur entre l'intérieur et l'extérieur qui incite à une certaine contemplation, qui ouvre à la perception même s'il devient parfois difficile dans cette situation, de décrire la dite perception et ses composants.
Mais de quoi avons nous besoin en ostéopathie si ce n'est de perception avant toute chose. La perception doit précéder l'analyse l'une et l'autre se soutenant. La raison a besoin de cœur. Tout comme le "matériau" humain. Comment certains "raisonneurs" peuvent-ils estimer qu'il est plus important de mesurer, peser et faire entrer dans des statistiques la matière vivante plutôt que d'entrer en communication avec ce qu'elle représente ? Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.
Alors à la question :  La raison a-t-elle du cœur ? Je crois pouvoir répondre non, elle n'en a pas mais elle en aurait souvent tellement besoin.
Je sais bien qu'il y en a encore des tonnes à dire, mais pourquoi pas une autre fois ?
 Alain Quiet

* Descartes bien sûr ! 
*Evidemment Pascal ! 

Commenter cet article