Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Trickster

 

imgres-copie-14.jpeg
Quand on sait a quel point la Médecine se veut scientifique, on s'interroge vraiment sur les conséquences d'une prise en compte de ce que Jacques Ruffié a baptisé médecine prédictive dans "Naissance de la médecine ". Dans cet ouvrage de 1993, il précise qu'il s'agit d'envisager non pas des pathologies constituées mais une dialectique hérédité/environnement. Dans la médecine prédictive, ajoute Ruffié, il y a toujours une probabilité, un risque, signe d'une alternance entre le culturel et le biologique.
La médecine prédictive détermine par l'étude des gènes la probabilité de développer une maladie donnée. Le mot probabilité nous rappelle qu'il faut éviter de confondre la médecine prédictive avec une médecine de diagnostic.
Jusqu'alors, la médecine prédictive et toutes les approximations statistiques qu'on peut lui associer, prenait appui sur la génétique.
Il semble qu'une nouvelle tentation soit en passe "d'entrer sur le marché", celle de la prédiction par l'imagerie comme l'indique cet article relevé sur Actus Univadis, à propos de la psychose.


Prédire la psychose sur l'IRM

L'entrée dans la psychose est souvent précédée par une phase prodromique, marquée par une dégradation progressive du fonctionnement social et/ou global, et par l'émergence de symptômes atténués d'ordre psychotique. Mais si les sujets présentant ces prodromes implicites de psychose ont certes un risque accru de développer cette affection, il est souvent impossible de prédire une évolution inéluctable sur la seule base des caractéristiques cliniques, et de distinguer ceux qui deviendront effectivement psychotiques après ces prolégomènes évocateurs (dans 20 à 50 % des cas). Confortés par les progrès de la neuro-imagerie, des travaux récents suggèrent l'existence d'anomalies volumétriques chez les individus à risque de psychose « très élevé » (ultra-high risk).

Fruit d'une collaboration internationale entre cinq équipes (deux à Londres, Royaume-Uni, une à Bâle, Suisse, une à Munich, Allemagne, et une à Melbourne, Australie), une étude compare l'évolution clinique et l'imagerie en résonance magnétique chez 182 sujets à risque et chez 167 sujets-témoins. Cette recherche confirme que les sujets avec des volumes de matière grise plus réduits dans les régions frontales (à droite comme à gauche) sont aussi les plus susceptibles de devenir psychotiques, environ deux ans plus tard. Concernant 26,4 % des sujets à risque, cette « association significative » vaut tout particulièrement pour les personnes ayant un déficit en matière grise dans le cortex parahippocampique gauche.

Pour les auteurs, ces anomalies (en particulier dans cette région du cortex parahippocampique gauche) sont donc probablement « cruciales dans l'expression de la maladie. » Notons que la précocité de la mise en évidence de ces altérations neuro-anatomiques (précédant ou accompagnant l'entrée dans la psychose) permet aussi d'écarter l'hypothèse où ces troubles seraient, au contraire, une conséquence de la maladie, plutôt qu'un contexte étiologique ou prédisposant.

Enfin, ces notions n'ont pas qu'un intérêt théorique, dans la mesure où d'autres travaux ont montré qu'une intervention (thérapeutique) dans cette population à risque peut « réduire le risque d'une évolution ultérieure vers la psychose. »

Mechelli A et coll.: Neuroanatomical abnormalities that predate the onset of psychosis. Arch Gen Psychiatry 2011 ; 68 (5) : 489-495. Recueilli par le docteur Alain Cohen.

Le sur-lignage est destiné a montré mon étonnement, je devrais dire mon incompréhension du délai de 2 ans à partir duquel la psychose se révélerait.???

Comme on le voit, cet article utilise essentiellement le conditionnel et suggère " l'existence d'anomalies volumétriques chez les individus à risque de psychose « très élevé » (ultra-high risk)."

Avec cette utilisation de l'imagerie, il ne s'agit pas encore d'une utilisation diagnostique mais cet article semble annoncer comme probable la tentation d'y recourir  dans un avenir pas très éloigné. Dans ce cas, quels seraient les garde-fous pour ne pas faire de "l'abus de diagnostic" en identifiant un peu trop vite des "candidats à la psychose".

Comme dans beaucoup d'autres domaines, le recours à la technique, qu'elle soit d'imagerie ou qu'elle fasse appel à la biologie montre à quel point l'approche médicale cours le risque d'une déshumanisation grandissante, surtout si le versant économique se mêle de la partie (ce qu'il ne manque jamais de faire par les temps qui courent).

 Comme le signale le docteur Daniel Gaudet, titulaire à l'Université de Montréal de la Chaire de recherche en génétique préventive et génomique communautaire en évoquant la « médecine prédictive » dans un scénario d'anticipation.

 

 Cette évolution laisse entrevoir un effacement de la personne humaine dans la prise en charge de sa propre santé et son remplacement par son image biotechnologique. Dans ce contexte, il est à craindre que la prédiction par un test génétique du caractère non-répondeur potentiel d'un malade ou d'une imagerie considérée comme significative entraînera chez le médecin un désinvestissement, un refus de poursuivre l'engagement et finalement un abandon peut être prématuré. La vision économique, justement rappelée par l'administration et les assurances sociales, prendra une place prépondérante dans la décision faisant admettre aux soignants que l'arrêt thérapeutique est la solution la plus humaine et la plus équitable car elle sauvegarde des ressources réputées rares. La génomique fonctionnelle aura alors contribué à la sélection de personnes dignes d'être traitées, laissant en chemin celles qui ne le sont pas.»

 

Il serait juste de se pencher à présent sur la place de la prédiction en ostéopathie. Cela demanderait à coup sûr un développement important mais en première approche, n'est-il pas évident que l'ostéopathie est une médecine de l'instant présent qui prend en compte le corps humain dans sa réalité du moment présent dans le constat de l'évidence que son passé n'a pas d'existence, pas plus que son futur.

C'est sûr qu'on pourrait revenir là-dessus, une autre fois.

 

AA


 





 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article