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Publié par Trickster

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Avant d'essayer d'entrer plus avant dans cette question qui, par la remise en cause qu'elle semble devoir impliquer, risque d'en gratter plus d'un là où ça peut faire mal, sans doute est-il bon de s'attarder sur le sens de ce mot qui peut aller dans trois directions différentes.

Qu'en disent les dictionnaires et ceux qui connaissent bien ce terme ?

Dans le domaine de la grammaire, le paradigme désigne l'ensemble des différentes formes d'un même mot.  (chant, chantons, chante, chantais ...)

Dans celui plus large de la linguistique, un paradigme est une classe d'éléments homogènes, remplaçables les uns par les autres sans porter atteinte à la qualité grammaticale de la phrase. Par exemple : je rends visite à mon frère (Jacques, lui, celui-ci).

Mais c'est dans un troisième domaine, celui de l'épistémologie*, qu'on utilise le plus souvent ce mot depuis le début du 19e siècle. 

Il désigne un modèle de pensée dans des domaines scientifiques.

En philosophie, le paradigme désigne l'ensemble des éléments qui constituent un champ d'interprétation d'une réalité à un moment donné. 

L'américainThomas Kuhn (1922-1996) philosophe et historien des sciences,  définit dans "la structure des révolutions scientifiques", un paradigme scientifique comme étant :

 

- Un ensemble d'observations et de faits avérés,

- Un ensemble de questions qui se posent à propos du sujet et qui doivent être résolues,

- Des indications méthodologiques, c'est à dire comment ces questions doivent être posées,

- Comment les résultats de la recherche doivent être interprétés.

Un paradigme est un modèle cohérent de représentation du monde, une manière de voir les choses qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée).

C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées.

Nous en arrivons au point où il peut être intéressant, voire indispensable d'envisager avec conviction qu'il est parfois nécessaire de "changer de paradigme".

Changer de paradigme pour ce qui nous intéresse, c'est faire entendre que l'ostéopathie n'est pas une science comme les autres. Je suis même assez tenté de définir l'ostéopathie comme un art qui, entre autres supports, prend appui sur des sciences pour être exercé. En cela l'ostéopathie n'est pas tenue, comme on s'applique à le lui imposer, à un comportement similaire aux autres sciences en déposant sur la table quantifications et  garantie de reproductibilité quant aux effets des gestes qu'elles effectuent.

L'originalité de l'ostéopathie est de considérer que chaque individu est différent de tous les autres. Par conséquent, chaque sujet se décline en fonction d'une équation qui lui est personnelle; cette équation n'entre pas dans le cadre préétabli que la recherche scientifique veut lui assigner et les ostéopathes qui ont tellement souhaité voir l'ostéopathie entrer dans ce cadre s'évertuent à coups de statistiques à en forcer les contours.

Me revient  l'image d'un dessin humoristique qui a circulé dans les années 80 ou 90 ; il représentait une grosse dame en tutu, dont le postérieur était poussé sans ménagement par un homme de laboratoire, en blouse blanche,  dans un passage manifestement pas adapté à la corpulence de la danseuse.

Le paradigme ne convient pas. Le rail de la "pensée référence" n'ouvre pas la voie à cette pauvre grosse dame. Les lois dont se réclame cette pensée référence font obstacle à la solution différente interprétée par cette "artiste".

Alors changer de paradigme ce serait quoi ? Chaque ostéopathe est conscient, du moins je l'espère, que sa pratique est personnelle et qu'elle est différente de toutes les autres. Mais oui. C'est une donnée qui commence à être acceptée par les acteurs et constatée très souvent par les spectateurs sans qu'ils soient pour autant totalement désorientés.

Ce qui peut faire accepter cette apparente contradiction, ce sont les résultats. Still lui même ne disait-il pas quelque chose d'assez semblable ?

Si les approches sont un peu différentes elles restent néanmoins en accord avec les principes fondamentaux de l'ostéopathie. Chacun devrait pouvoir obtenir la même chose pour un patient, à condition que ce soit... le même patient.

Imaginons le même patient traité une fois, amélioré, constat par huissier, puis ramené à son état initial par un procédé pour l'instant inconnu et traité à nouveau par un second praticien, amélioré, constat par huissier et ...

Il y aurait aussi, peut-être dans un avenir proche la possibilité de clonage du premier patient en un certain nombre d'exemplaires destinés à être traités par des praticiens différents avec constatation des résultats à la clé. Là ce pourrait être délicat en fonction du degré d'amélioration constaté et de "l'amour resté propre" de chaque praticien.

Cet exemple absurde voudrait montrer à quel point l'expérimentation en ostéopathie est généralement dénuée de sens si l'on veut démontrer sa reproductibilité a fin de standardisation. C'était la faiblesse des tentations très présentes, encore au début des années 80 : un geste, un résultat. Puis on a essayer d'associer plusieurs gestes s'avérant statistiquement utiles dans tel ou tel symptôme pour arriver évidemment à une approximation dont on sait qu'elle est nécessairement décevante pour l'ostéopathie puisque ces choix ne répondaient pas à la réalité.

La seule chose intéressante n'est-elle pas la recherche du meilleur résultat possible en faisant pour chacun les gestes dont il a spécifiquement besoin.

Mais ça n'est pas une façon de procéder dans le paradigme d'une recherche qui n'est pas celui de la recherche ostéopathique mais celui de la recherche médicale sur laquelle règnent la randomisation, le double aveugle et le placebo et qui concerne le plus souvent une évaluation d'un médicament.

Qui peut prétendre reproduire le résultat obtenu avec un patient sur tous les autres ? A supposer qu'ils présentent les mêmes symptômes, on sait bien que pour aboutir à ces symptômes chaque organisme emprunte des chemins différents. Ces voies seront reconnues avec des nuances par les différents praticiens, et puis chaque patient est "attaché" à ses symptômes d'une manière également différente. comme ça simplifie la tâche ! Mais entre nous c'est ça qui est passionnant.

Alors à quoi bon ce délire ? Juste peut-être, pour une dernière référence aux plis dans lesquels nous sommes empêtrés et qui nous conduisent, entre autres fantaisies, à associer des lettres apparentes pour lire ce qui n'est pourtant pas écrit !


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*épistémologie, un autre petit caillou dans la chaussure, selon qu'il désigne la philosophie des sciences ou la théorie de la connaissance.

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Fabien Collombelle 14/06/2011 21:29


Oui ! Et il y en a un qui a avancé sur la question, c'est Danis BOIS accompagné de collaborateurs au sein du CERAP (Centre d'Etude et de Recherche Appliquée en Psychopédagogie perceptive). Et il me
semble bien que les principes ostéopathiques sont au coeur de cette approche (fasciathérapie et somato-psychopédagogie) qui mène actuellement à l'émergence du "Paradigme du Sensible", un peu dur à
suivre car c'est du in-vivo au départ, mais passé dans le filtre complexe de la théorisation. A lire (jusqu'au bout :->!!) l'article "Vers l'emergence du Paradigme du sensible" de Danis Bois et
Didier Austry dans le dernier ouvrage 'Sujet sensible et renouvellement du moi'
http://fasciatherapie.pointdappui.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=14&Itemid=15&lang=fr
Est-il donc necessaire de sortir de "l'ostéopathie" pour mieux la faire vivre ?
Ou faut-il concocter le 'Paradigme de l'Ecoute [quand tu bouges, quand tu bouges pas, quand tu bouges peu]' ?
Et le Paradigme de la Douceur dont parle Patrick VIVERET, dans l'essor espéré de la Civilisation de l'Empathie pourrait bien être une réponse [avec la joie comme alternative à la peur... et l'
application du mot Valeur dans le vrai sens du terme c'est à dire Force de Vie (et non pas le 'ce qui est rare est cher' du point de vue monétaire qui mène à la rarefaction des ressources
naturelles pour augmenter le profit)...
Mais où est l'eau-st-eau -partie ?
Ou belle et bien en transformation ?


Trickster 14/06/2011 22:36



Que les principes ostéopathiques soient au cœur de cette approche n'aurait rien d'étonnant sachant que la fasciathérapie en est une émanation directe.


Dans le cadre de tes propositions, je penche évidemment pour ce paradigme de l'écoute dans lequel douceur, voire tendresse occupent une place de choix. La tendresse, c'est l'état du toucher dans
lequel tu entres nécessairement quand tu contactes le corps d'un bébé. Mais pourquoi faudrait-il faire autrement quand il s'agit d'un adulte puisque la dite tendresse n'est que la forme la plus
extrême de l'attention. Maintenant il faut mouliner tout ça dans un énorme saladier "em pathique" et pas seulement en théorie même s'il est probablement important de le mettre en mot avant que ça
ne finisse par devenir des maux pour nous, si on laisse les choses en l'état.