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Publié par Trickster

D'aucuns commencent à dire : mais que font les enfants de Still ? Ça n'est pas encore les vacances !

C'est vrai, ils ne sont pas fiers de ce long silence et pour le rompre, l'occasion leur est donnée par la communication d'un texte que nous a adressé Rodolphe Caraly, texte qu'il nous a semblé important de faire connaître à tous ceux qui nous font l'amitié de nous lire de façon régulière. Un tel enthousiasme mérite d'être partagé. Alors bonne lecture et à bientôt. AA

 

 

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Elan de joie et de créativité ostéopathique,

Pratiques Interdisciplinaires,

 Qualité de soin aux plus défavorisés

 

« Apparaît, ô cavalier du destin

Apparaît, ô lumière de l’obscur royaume du changement

Apaise le tumulte des nations

Enchante nos oreilles avec la musique

Lève-toi et accorde la harpe de la fraternité. »

 

Mohamed Iqbal

Du devoir de générosité à la pluridisciplinarité

Cette année nous fêtons 30 années d’engagement citoyen et les graines que nous avions semées commencent à porter leurs fruits. Nous pouvons regarder aujourd’hui notre action pratique et collective comme un engagement de et pour l’Ostéopathie, une ostéopathie telle que nous l’avons toujours visualisée. Face aux déstructurations de notre identité, induites par la reconnaissance de notre profession hors de nos critères de valeur, nos écoles sont de plus en plus livrées aux lois du marché, au détriment de la qualité de la transmission ostéopathique et nos structures associatives et représentatives se déchirent pour mieux faire valoir leurs positions.  Dans ce marasme professionnel, nous tenons à vous faire part de notre position confiante, au centre de l’œil du cyclone, espérant continuer à nous mouvoir dans cet espace de tranquillité.

Notre solution est simple, celle de la vie elle-même, à l’image de nos principes ostéopathiques : un devoir commun de générosité.   Depuis 30 ans, nous unissons nos efforts en direction de ceux qui en ont le plus besoin. En 82, nous avions commencé avec Enfants Handicapés Espoir Ostéopathique Grenoble qui s’est développé ensuite sur toute la France. En 99, de  la vulnérabilité corporelle, nous avons étendu, par les Mercredis de l’Ostéopathie, notre action au monde social ouvrant notre pratique aux enfants dont les parents n’ont pas les moyens économiques pour nous rencontrer dans nos cabinets privés.  D’autres dispensaires se sont ouverts tout autour : Romans/Valence, Chambéry, Voiron, Briançon. Nous participons aussi, depuis sa création à la fédération des dispensaires nationaux au sein de Fédosoli.

Oui, c’est contagieux, et difficile à guérir, l’amour aussi!

Au delà de nos différences de formations initiales, de nos écoles mères, de nos appartenances associatives, représentatives et politiques,  de nos pratiques différentes, nous nous regroupons dans un même objectif : la plus grande qualité de soins aux enfants les plus défavorisées.

De nos différences, nous avons pu renforcer notre union, et fort de cette pratique entre nous, nous avons élaboré des échanges avec différents partenaires médico-sociaux (médecins de PMI, assistantes maternelles, personnel de crèches, psychomotriciens, psychologues, kinésithérapeutes…), jusqu’à pouvoir travailler en équipe pluridisciplinaire.

 

De la pluridisciplinarité au soutien de la physiologie

Depuis 6 ans nous intervenons, au sein d’un hôpital public, dans un Orphelinat à Fès au Maroc. D’année en année notre petit groupe d’ostéopathes s’est étoffé d’enseignantes, d’une psychomotricienne, d’une éducatrice de jeunes enfants, d’un kinésithérapeute, et la collaboration avec l’équipe sur place s’est intensifiée  (Directeurs de l’orphelinat et de l’hôpital public, médecin spécialisé, nurses, kinésithérapeutes, psychomotriciens, psychologues, sage-femme, chorale locale…). Notre travail interdisciplinaire est de plus en plus intense. Cette année la psychomotricienne qui nous accompagne depuis 4 ans a été détachée par le CHU de Grenoble. Créant ainsi une reconnaissance par  le CHU, la mairie de Grenoble et la préfecture de l’Isère du caractère humanitaire de notre mission et de notre association.

Touchés collectivement dans notre  identité sociale, nous nous rappelons l’année 1999, d’un autre millénaire, où nous avions étés invités, par le conseil de l’ordre des médecins,  suite à la plainte de médecins hostiles, dérangés dans leurs intérêts privés, à prendre la porte du centre social. La reconnaissance, par le centre social et la mairie, de notre action auprès des 80 familles qui nous faisaient confiance, l’avait emporté. Nous nous devons d’entériner ce changement de relation : d’un rejet en un partenariat.

Il nous fallait sûrement un pays étranger pour nous entrainer à traduire les langues d’autres professions. Nous y parvenons en définissant ensemble notre objectif commun (soutenir la bonne santé des enfants en situation d’abandon), en prenant du temps pour échanger nos expériences pratiques et nos ressentis, nos émotions dans une éthique de l’échange avec nos partenaires. Ces échanges ne sont pas que verbaux mais incluent des pratiques ensemble. Le regard, le vocabulaire et les techniques de chacun enrichissent nos créativités mutuelles et collectives. Etre en culture et pays étrangers, est un atout d’ouverture à l’autre autant qu’à soi même. Ce que nous apportons doit être en phase avec la nécessité du lieu et du moment. La mise en place de temps de formations pratiques pour les nurses, par exemple, nous a demandé un ajustement progressif. En valorisant leurs outils propres liés aux pratiques culturelles du maternage, et en se référant aux travaux d’Emy Pickler à Lóczy , riches d’expériences éprouvées dans de nombreux orphelinats, nous sommes parvenus à diffuser petit à petit des pratiques de soutien et d’ enveloppement, de nourrissage et de maternage.

Nous avons été, en échange réciproque, nourris chacun dans nos savoir-faire et savoir-être professionnels, dans nos connaissances de ce que représente corporellement les liens d’attachement, dans nos façons de voir et d’accompagner la physiologie, là où la pathologie semble patente.

En réalisant  une aide au développement par des interventions précoces,  nous soutenons la santé en deçà et au delà des méthodes préventives orientées uniquement par la maladie.

 

Du soutien de la santé à un nouvel élan de projet

Ce que nous avons su réaliser au Maroc, alimente une pratique dans notre  région grenobloise. Une pouponnière, institution de l’Aide Sociale à l’Enfance, nous a ouvert ses portes et nous commençons à y décliner les pratiques interdisciplinaires initiées au Maroc. Le médecin de cette institution est très impliqué dans notre venue, il avait emmené son enfant à l’association EHEOG, une vingtaine d’année auparavant. Il nous a dit préférer notre association à un bénévolat anonyme pour les retours que nous avons avec l’équipe. Une cardio-pédiatre du CHU, nous avait déjà montré sa confiance en nous adressant régulièrement et spécifiquement ses petits patients et nous l’avait confirmé : « Je ne pourrais les adresser à des ostéopathes qui ne feraient pas partie de votre association ».

Nos graines semées, ont aujourd’hui leurs fruits à maturité. Nous avons tous ensemble à prendre soin de ces fruits, pour le plus grand bien des enfants.

Une fois des alliances pluridisciplinaires réalisées, nous pouvons engager une recherche fondamentale, ensemble, dans le cadre des sciences humaines, et issue de nos pratiques accordées.

Un autre groupe (Association Solidarité Ostéopathie, Corps et Ame : Cercle Ostéopathique de Recherche, Promotion et Solidarité pour les Alternatives Médicales Emergentes) rattaché au Mercredis, a initié une collaboration avec le système de santé cubain, en s’associant au  projet « Eco-Salud ». C’est un projet de médecine intégrative qui se caractérise par le recours exclusif aux « écomédecines » et constitue la première expérience de santé communautaire qui place l’ostéopathie au cœur du dispositif. Une approche originale de l’ostéopathie y est proposée incluant des soins d’ostéopathie communautaire intégrative, une pratique ostéopathique itinérante et des liens forts avec les pratiques traditionnelles locales.

Afin de réaliser ces projets, qui revêtent un caractère de mission, car définis dans un temps court (15 jours pour Fès cette année), nous créons de nouveaux outils de fonctionnement, et faisons évoluer nos pratiques professionnelles. notre fonctionnement s’appuie sur une valorisation différente du temps : le temps d’élaboration, de construction de la pensée est bien plus important quantitativement, et nous mobilise toute une année, définissant ce que nous appelons l’entre-deux.

 L’équilibre entre ces différents temps est un outil indispensable à la réalisation, et doit être à la fois en lien avec le travail effectué précédemment et s’ancrer dans les connaissances singulières que chacun apporte au groupe, et qui sont rattachées à nos diverses pratiques professionnelles.  Nos pratiques deviennent polymorphes et s’enrichissent avec les connaissances et les savoirs faire que nous mettons en commun, parce que nous voyons sans juger le travail de l’autre, parce que nous faisons un effort sémantique d’explication de notre travail, sans rétention, sans réserves. Ainsi nous arrivons mieux à déterminer les terrains partagés ainsi que les frontières qui existent  entre nos diverses professions. Notre meilleure compréhension mutuelle facilite nos accordages, et installe une certaine fluidité qui se dégage de nos interventions.

Avec les enfants, nous nous organisons selon 2 directions, l’une centrée sur l’aide au développement, l’autre sur les traitements ostéopathiques.  Ces 2 directions en bénéficient et font croître nos regards et nos pratiques.

 

 La technique de la thérapie communautaire intégrative, nous aide à construire une pensée enrichie par la participation de chacun, une sorte d’intelligence collective, qui est fluide, dynamisante et facilite une mise en action profitable et porteuse de sens.

 

Nous continuons à améliorer nos pratiques ensemble (4 par 4), à la Maison des habitants Centre Ville, en privilégiant notre convivialité réciproque pendant et en dehors  de nos rencontres. La validation de ce travail nous est offerte par nos petits patients : « Les ostéopathes, ils ont pleins de pattes ! ». Notre travail à plusieurs mains peut être vécu comme un seul mouvement quand nous sommes suffisamment accordés. 

 

Deux autres projets locaux viennent aussi renforcer nos pratiques hebdomadaires :

Nous sommes en lien avec le relai Bébés des Restos du Cœur  et prêts à finaliser une prise en charge spécifique.

Un nouveau projet est aussi en route, en nous intégrant à l’équipe d’un centre Santé à la Villeneuve de Grenoble. Nous sommes depuis 82, en contacts avec les centres de santé et avec cet objectif  commun (la plus grande qualité de soin pour les plus défavorisés), nous en prenons seulement conscience. Nous ne  pouvions nous en apercevoir tant  que la reconnaissance de l’ostéopathie focalisait notre attention. Nous voulons étendre et renforcer nos liens, faire partie d’une équipe.

Dans ces deux derniers projets locaux, le travail initié à Cuba est un fulcrum inspirant.

 

Ce que nous construisons ici, entre nous, nous aide. Notre autisme professionnel induit par la spécificité de notre rapport au monde : notre chair subjective en son vécu, devient un potentiel créatif quand nous parvenons à communiquer  ensemble. Nous pouvons exporter ces compétences dans d’autres pays, dans d’autres pratiques professionnelles. Le langage des corps est universel. Et quand nous revenons riches des relations acquises, nous voyons s’ouvrir des horizons, du point  que nous avions quitté, comme si dans cet aller retour, nous avions pris un peu de hauteur. Ce que nous avons vécu avec d’autres professionnels, d’autres cultures, nous aide à décaler notre regard sur notre réalité amplifiée depuis son centre : nos relations tissées.

 

Dans cette tempête que traverse notre profession, nous sommes là, présents, soudés, et nous nous devons de vous communiquer l’élan de joie qui nous anime et la puissance créatrice issue de ses mouvements transformant nos êtres vers un devenir personnel et professionnel enthousiaste.

 

 

Pour les Mercredis,

son président

Rodolphe Caraly

Citation par Edgar Faure, le 29 mars 1984, en réponse au discours de réception de L.S. Senghor à l’académie française, in Souleymane Bachir Diagne, Bergson postcolonial, l’élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor et de Mohamed Iqbal, Edit. CNRS, Paris 2011

L’Association Pikler Lóczy - France est un centre de réflexions, de recherches, de documentation et de formation sur la petite enfance.

  L'Institut Pikler, plus communément appelé "Lóczy" - du nom de la rue où il est installé - est constitué d'une pouponnière qui accueille actuellement une quarantaine d'enfants et d'un centre de recherche et de formation concernant le développement des jeunes enfants. Cet Institut a été créé par le docteur E. Pikler en 1946, à Budapest en Hongrie pour accueillir, à l'origine, des enfants qui devaient être séparés de leur mère atteinte de tuberculose. Il reçoit maintenant des enfants dès la sortie de maternité jusqu'à l'âge de 6/7 ans qui sont orphelins, abandonnés ou confiés à l'institution par mesure judiciaire.  http://www.pikler.fr

Adalberto Baretto, ethnopsychiatre de Fortaleza en est le fondateur. L’Association Européenne de Thérapie Communautaire et Intégrative regroupe et forme des praticiens à des espaces d’échanges d’expériences et de liens. L’Institut de Formation des Travailleurs sociaux est partenaire pour cette formation. www.aetcia4v.org , http://www.psychologie-communautaire.fr/cmsmadesimple/uploads/Thérapie%20communautaire-JAS.pdf    

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