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Publié par Trickster

Cortecs : le retour

Cher Monsieur Cortecs,

Vous m’avez, par blog interposé, adressé un courrier pour déplorer que j’aie douté de votre intelligence en produisant un article sous le titre « Cortecs, une insulte à l’intelligence » à la suite de la publication de votre rapport visant à détruire l’ostéopathie dans le champ crânien. Là, j’ai hésité entre démolir et détruire et bien que la nuance soit subtile, je crois que c’est bien de détruire qu’il s’agit et si l’ostéopathie que vous qualifiez de crânienne est mise en avant, il est probable que vos intentions n’épargnent ni l’ostéopathie en général ni les ostéopathes qui la pratiquent.

Je me suis forcé à lire la réponse à vos détracteurs que vous me demandez de faire connaître, détracteurs dont modestement je fais partie. Je dis bien forcé car cette lecture est d’un ennui qui frise la punition. Heureusement la réponse qui me concernait était assez brève eu égard au fait qu’elle n’était qu’une manifestation d’humeur elle même assez courte, publiée sous le titre que j’ai rappelé ci-dessus. Je n’ai donc pas personnellement, aggravé ma punition au-delà de toute mesure.

Bref ! Ou plutôt brève disais-je, mais pourtant bien trop longue car parfaitement inutile, j’en conviens, s’adressant à des gens dont l’opinion est faite, forgée dans le métal le plus rigide, parfaitement indéformable donc totalement inaccessible à l’ébauche du moindre changement qui impliquerait nécessairement la rupture, car bien que vous vous en défendiez, je reste persuadé que vous n’avez absolument pas envie d’avoir tort.

Tort par rapport à quoi ? Encore faut-il sans doute le préciser.

Vous n’avez pas tort de dire que l’ostéopathie ne peut entrer dans le cadre de la démonstration scientifique dans le sens où vous l’entendez. Il faudrait pour cela que tous les individus traités en ostéopathie soient identiques, parfaitement échangeables et pour être encore plus sûr que ça puisse fonctionner, que tous les praticiens soient également interchangeables tant sur le plan du diagnostic que de la thérapeutique. Entre nous, un tel arrangement rendrait bien service aussi à la médecine dont le fonctionnement statistique serait grandement facilité. Quant aux laboratoires pharmaceutique, ce serait pour eux un paradis.

Malheureusement pour l’idéal auquel vous semblez vous référer, ce n’est pas comme ça que ça se passe, en tout cas pas encore.

Les individus sont des sujets, des personnes et non pas des objets, qu’ils soient patients ou praticiens. Ils sont tous différents les uns des autres, dès le départ de leur existence et au fur et à mesure du déroulement de leur histoire ; ils sont différents d’un jour à l’autre et l’anamnèse qui les concerne ne devrait pas être écrite une fois pour toutes contrairement à ce qui arrive trop souvent.

Vous prétendez que trois sur quatre des rédacteurs du rapport sont des praticiens. A ce moment de ma réflexion, j’aimerais savoir si ce sont des praticiens qui s’efforcent de se comporter en thérapeutes, c’est à dire de soigner des patients, d’apporter un mieux à leur état de santé, ou bien des praticiens d’une autre nature, s’attelant à démontrer que le même geste effectué sur deux personnes différentes ne produit pas le même effet ? Sont-ils plus intéressés par

-démontrer que ça ne marche pas- ou par -soigner avec succès- ?

J’ai tendance à penser que compte tenu de la disposition d’esprit dans laquelle vous semblez vous trouver, ça ne peut que ne pas marcher.

Pourquoi ? Parce que l’ostéopathie, étant d’abord affaire de perception, votre fonctionnement mental imprégné par le doute dont vous semblez faire votre oxygène, et mental occupé probablement par la formation d’un résultat par avance négatif, ne laisse pas la moindre chance à la plus petite information intéressante de vous interpeller.

Franchement, si les choses sont vraiment telles que je les imagine, il vaudrait mieux, en tant que praticiens, que vous passiez à autre chose, ce serait en tout cas plus honnête pour les personnes sur lesquelles vous faites vos expériences. Car il faut tout de même que vous ne vous contentiez pas de dénigrer une littérature insuffisante et qui, de toutes façons ne répond pas à vos critères, il faut aussi que vous expérimentiez.

Au cours de votre longue réponse, vous n’oubliez pas, et c’est heureux, de parler de Freud et de la psychanalyse, sous entendant que l’inconscient n’a toujours pas été pesé, mesuré et encore moins photographié.

Comment croire à quelque chose qui n’est même pas palpable n’est-ce pas ?

Au moins en ostéopathie nous avons cette chance d’avoir à faire à du tangible hélas pas toujours très mesurable il est vrai, autrement que par le constat clinique et le commentaire du patient même si dans certains domaines tel que celui de l’orthodontie il y a certainement la possibilité de montrer une évolution quantifiable.

Si vous saviez comme j’ai l’impression de perdre mon temps en rédigeant ces quelques lignes pourtant je vais encore essayer de répondre à la question qui termine votre réponse aux détracteurs.

Sans vouloir être cinglant : peut être n’y avait-il pas besoin d’un rapport comme le notre, certes. Mais posons le problème autrement : comment se fait-il que sans réelle avancée majeure de la discipline en dépit des rapports précédents, les ostéopathes crâniens dans leur majorité ont continué à professer, sans tressaillir, sans faire des « assises » urgentes de leur discipline ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu urgence dans votre profession, devant un « bazar » épistémologique et scientifique pareil ? C’est cette question à laquelle il faudrait répondre.

Votre rapport présente au moins l’avantage de vous présenter tels que vous êtes : pieds et poings liés à un rationalisme qui fait de l’humain un objet de mesure et de la vie probablement une équation qui reste à écrire. Là-dessus, bon courage !

Tressaillir dans l’exercice de notre profession serait nous condamner à n’avoir que de mauvais résultats. Je dirais bien que Dieu nous en garde ! Mais vous allez me dire que vous attendez la preuve de son existence et sur ce plan, je dois avouer mon incompétence.

Nos assises se construisent lentement avec le ciment de la satisfaction de nos patients et cela malgré toutes les actions entreprises pour déstabiliser et décrédibiliser la profession avec les mauvais décrets de 2007, la surabondance d’écoles autorisée par ces mêmes décrets, la dévalorisation du cursus heureusement restauré depuis 2014. D’autant plus surprenantes les tentatives de récupération auxquelles vous avez également participé et n’avez sans doute pas encore renoncé.

Étonnant de vouloir récupérer quelque chose qui ne tient pas la route !

Je vous laisse votre rapport, mâchez-le et remâchez-le bien, ad nauseam.

De mon côté, je garde ma pratique et ferai tout pour qu’elle continue à rendre service aux patients qui lui font confiance.

Alain Andrieux

P.S Pour ceux qui auraient la patience de lire la fameuse réponse aux détracteurs :

http://cortecs.org/materiel/rapport-osteopathie-cranienne-reponses-aux-reactions/

Commenter cet article

Nowar 25/09/2016 23:10

Mon esprit cynique a noté qu'il y a quelque mois, un article scientifique s'inquiétait du peu de valeur et d'objectivité des revues systématiques. Sic transit gloria mundi. Des rationalistes ( il n'y a pas de honte!) tentent de démontrer la validité scientifique de quelque chose en négligeant délibérément ce qui tendrait à laisser pressentir cette éventualité.
D'autres bien avant nous ont connu cette épreuve. La plupart sont devenu des références de la science.
Ni scientiste, Ni scientifique, chacun de nous s'émerveille de ce que ce modèle nous apporte en pratique. Que serait une vie sans émerveillement?
Restons vivants
Nowar

jlb 26/09/2016 07:43

"Sur terre ce ne sont pas les occasions de s'émerveiller qui manquent, ce sont les émerveillés"
Eric-Emmanuel Schimtt, La nuit de feu

jlb 19/09/2016 09:53

Bonjour Alain,
Permets moi de m'étonner de ta réaction sur le rapport Cortecs, du moins de cette réaction émotionnelle, purement émotionnelle qui n'apporte rien à la discussion ni à l'argumentation pour ou contre ce rapport ! Tu donnes ainsi des arguments pour te faire contrer facilement et finalement le débat que propose Cortecs n'avance pas, ce qui leur donne raison encore plus.

Je suis d'autant plus étonné de ce "billet" que tu as dû passer une année à philosopher et donc à ton retour, je m'attendais un peu à autre chose...

Juste une remarque sur ce rapport : Cortecs se targue de ne s'intéresser qu'aux écrits des pères fondateurs de l’ostéopathie et refusent de mettre ceux de Sergueef, Troisier et d'autres mais par contre ils se servent des décrets de 2007 alors qu'avant cette date, il n'y avait aucune interdiction.
Qui a noté cette petite manipulation de l'information car ces décrets ne sont pas liés à une étude scientifique mais à une pensée politique, celle du conseiller pour l'ostéopathie du ministère de la santé dont M. Xavier Bertrand en était la tête et qui a démissionné le jour même où il publiait ces décrets.
Bien amicalement

Nowar 26/09/2016 08:09

Bonjour Jean Louis,
Si l'on ajoute à ceci le fait que L'Osteopathie est un art et une science avant d'être un ensemble de techniques, nous pouvons être fiers d'être dénigrés comme l'étaient et le sont toujours les ravis......

Trickster 19/09/2016 14:53

Bonjour Jean Louis,

Cette réaction là est plutôt calme et mesurée par rapport à la précédente. Elle n'est, de mon point de vue, pas purement émotionnelle mais s'appuie simplement sur ma conviction, et on ne me l'enlèvera pas, quant aux intentions de ces gens-là. Aucune discussion n'est possible. L'ostéopathie ne dispose pas, en tout cas pas à grande échelle, du seul type d'arguments sur lesquels ils pourraient accepter de se pencher : du poids et de la mesure.

Il n'ont que faire de la clinique sous prétexte que, lorsqu'on reçoit un patient, on lui parle, on l'écoute, on le traite avec humanité et il est très possible que cela suffise à produire un résultat. Bien entendu nous sommes les seuls à nous comporter de cette façon ! Surtout continuons !

J'ai eu tort de produire cet article car c'est au prix d'un temps perdu. Nous ne parlons pas le même langage et il n'est pas possible de se comprendre. Personnellement je crois que ça leur convient parfaitement. J'ai sans doute eu tort de risquer de leur faire plaisir.
C'est la dernière fois.
Quant à l'année passée à philosopher comme tu le dis, ça reste une expérience inoubliable, un grand bonheur.
Mais s'il fallait, qu'à la suite de cette année d'étude je renonce à penser ce que je pense et qu'éventuellement je m'empêche de le dire... C'est non.