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Publié par Trickster

LIBEREZ VOUS DE L'INTENTION

Comme je bavarde de temps en temps avec de jeunes professionnels, il arrive que je me sente amené à réagir à certaines idées dont ils semblent imprégnés et qui me paraissent néfastes pour leur évolution ostéopathique en particulier dans le domaine de la pratique tissulaire. C'est l'un des intérêts d'avoir du recul. J'ai réagi il y a peu de temps pour que l'on sache bien que lorsque je m'exprime sur ce sujet, je le fais en mon nom propre et que je ne rapporte pas les idées ou les propos de qui que ce soit qui ferait autorité dans ce domaine.

La dernière sortie à laquelle je voudrais réagir est celle de ce jeune confrère qui m'a dit mettre de l'intention dans son toucher tissulaire.

NON ! Non, on ne met pas d'intention dans un toucher tissulaire ou alors c'est que l'on tente de commander aux tissus ou d'induire je ne sais quelle influence et ce n'est plus tout à fait la même chose dont on parle. Recueillir l'information contenue dans les tissus et leur permettre d'en bénéficier n'a pas grand chose à voir avec ce qui semble être, pour ce que j'en ai compris, leur faire part de notre intention. Faire part de notre intention aux tissus ce serait d'une certaine façon un manque de respect, un manque d'attention voire une forme de contrainte. Et pour ce qui est de la contrainte, ça ne peut évidemment pas me convenir. La vraie question ce serait sans doute : est-ce que ça convient au patient ?

A mon sens, les seules intentions acceptables sont les bonnes intentions dont nous devons tous être porteurs à l'égard de nos patients.

Si la vérité est dans les tissus comme je n'en doute pas un seul instant, même pour rire, c'est bien cette vérité qu'il faut laisser opérer et pas autre chose. Pas une pseudo vérité soufflée plus ou moins fort par le praticien. Il y a sans doute beaucoup à dire sur le sujet et je finirai bien par le faire.

Alors de grâce si vous faites partie de ceux qui travaillent avec une intention interrogez vous sur le bien fondé de cette attitude et si vous en êtes d'accord, libérez vous en !

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Anne 03/04/2016 15:25

"Il est preferable de laisser les forces inhérentes du système effectuer leur travail, plutôt que d'imposer à ce système une force aveugle extérieure."
William Garner Sutherland
Il est important pour moi de me plonger humblement régulièrement à nos maitres fondateurs de l'osteopathie. La vie n'est pas technique de thérapeutes.
Anne

Trickster 03/04/2016 15:51

C'est ce que je crois aussi.

gérald stoppini 01/04/2016 14:56

Bonjour,
Ayant fait l'approche tissulaire fût un temps (en séminaire avec Mr Tricot), j'ai été sensibilisé à cette notion d'intention. Même dans mon cursus à Atman, on nous a beaucoup parlé de cette intention parfois pleine de bonnes "intentions" mais qui serait bien souvent délétère...
Au fil de ma pratique (très structurelle façon anglo-saxonne dans le style Hartmann...) j'ai constaté qu'il n'en n'était rien... Cette fameuse intention est pour moi fondamentale et source de beaucoup de satisfaction (et de résultats il faut l'avouer...).
Quand je n'arrive pas à "passer" une correction je cherche une autre manière, une autre position, une autre approche... Mais je me refuse à abandonner et me dire tant pis, il faut laisser faire... Non!!! Je ne suis pas d'accord. Dans mon entourage ostéopathique je constate que souvent ceux qui disent qu'il ne faut pas insister sont surtout ceux qui ne sont pas bons dans les manips (excusez mon franc parler mais c'est ce que je pense et c'est aussi ce que pensent les personnes très fortes en structurel et ayant beaucoup d'expérience clinique).
Qui plus est je me suis formé à beaucoup de courants de thérapie manuelle et en tant que scientifique aux neuro-sciences. Et là je m’aperçois que la maxime "seuls les tissus savent" est très loin d'être vraie... Le cerveau peut percevoir des problèmes ou des douleurs alors que les tissus n'ont rien!!! De même à propos de la théorie que l'on change le tissu conjonctif (c'est vrai pendant quelques heures à quelques jours, mais après le conjonctif reprend sa conformation antérieure). Les neuro-sciences apportent un nouveau regard sur les modes d'action des différentes thérapies manuelles.Je trouve vraiment dommage que nous continuions à répéter encore et encore les mêmes phrases des "anciens maîtres" sous prétexte de la tradition (le fameux keep it pure). Je pense que cette manière amène à ne pas progresser.
Cordialement

Trickster 02/04/2016 10:51

Bonjour,

Que répondre ? Et bien que chacun voit midi à sa porte et que ça ne me dérange en rien que vous travailliez avec une intention et encore moins si elle est bonne ce dont je ne doute pas.
Mon intention n'était pas de dicter leur conduite aux consœurs ou confrères qui ont fait l'effort de me lire. J'ai juste tenté de dire une chose. Le choix de l'approche tissulaire, et je ne parlais que de cette approche ostéopathique, implique à priori, que l'on fasse référence aux tissus et aux informations dont ils sont porteurs. Dans la mesure où ils font preuve de suffisamment de vitalité, ils sont généralement en mesure de donner les indications précises nécessaires à les accompagner dans le traitement qui leur convient. C'est une affaire de méthode (et là je ne parle pas d'intention) et de patience. Contrairement à ce que d'aucuns ont envie de penser, c'est un travail exigeant (trop peut-être) et qui doit conduire à une grande précision. Mon propos était celui-ci et je pourrais m'arrêter là.
Mais je tiens à vous féliciter pour vos bons résultats et la satisfaction qu'ils vous procurent. Le style Hartmann n'est sûrement pas le pire en matière de structurel, loin de là, et je sais bien par ailleurs ce que pensent beaucoup de praticiens structurels de ceux qui ne travaillent pas comme eux. Depuis plus de trente ans, j'ai eu l'occasion de m'y habituer et franchement ça ne me dérange pas du tout. Je me réjouis que vous ayez eu l'occasion de vous former à de nombreux courants de thérapie manuelle et que votre cerveau de scientifique ait pu être sensibilisé aux neuro-sciences. Il en faut. Que le cerveau soit capable de voir des problèmes là où les tissus ne les ressentent pas c'est intéressant pour lui mais le sujet en a-t-il conscience ? Le sujet parle-t-il avec son cerveau ? Ou bien le cerveau est-il capable de dénoncer auprès des instruments de mesure dont dispose la science la partie du corps qu'il a repérée comme étant défaillante ? J'avoue humblement que cela sort de mes compétences et de la partie consciente de mon cerveau de travailleur manuel. Je ne me sens pas personnellement attaché par les anciens maitres et j'espère faire encore des progrès au cours des années qui me restent pour travailler, en améliorant encore la perception que j'ai des tissus et rendre ainsi service au plus grand nombre possible des patients qui me font confiance.

Cordialement

Nowar 01/04/2016 10:47

Je partage ton opinion, Trickster, comme dit le proverbe :" l'enfer est pavé de nos bonnes intentions ."
Généralement, comme c'est l'enfer du patient, cela ne dérange pas puisque c'est pour son bien. Sachant les horreurs que le Bien de l'humanité a généré dans l'histoire, il est peut être avisé de laisser la vie s'exprimer et d'émerveiller nos sens.
Nowar

Patrick Chêne 31/03/2016 10:00

Il me semble que le problème est l'intention cachée inconsciente, celle à laquelle le thérapeute n'a pas réfléchi, le petit epsilon qui est toujours là et parfois si énorme. Aussi vouloir être centré nickel est longtemps un leurre ... Aussi partant de ce principe de réalité, il parait intéressant d'explorer aussi le chemin de donner "une intention", "un cadre" au soin et d'explorer la déformation de ce cadre et toutes ses conséquences. Il suffit juste de savoir que ce qui se passe est une facette du diamant qu'est le réel (le complexe, je devrais dire) et peut être qu'en multipliant les facettes ont obtient alors un début d'idée de ce qu'est ce diamant. Ce sont pour moi juste deux chemins de passage différents, le premier que vous préconisez ayant le défaut d'être dur à appréhender pour une éducation occidentale mais fascinant, le deuxième est facile d'approche mais l'écueil est de croire que sa vision (intention) est la seule et la meilleure, écueil à contourner en multipliant les angles d'approche. Bien cordialement et merci d'écrire vos pensées cela devient rare ....

Trickster 31/03/2016 19:49

Et bien je commence par me mettre à quatre pattes pour essayer de répondre à la fois à Patrick Chêne et à bon escient. Sans doute entrons nous dans les subtilités et il devient probablement plus difficile de bien se comprendre quand on fricote avec une part d'indicible qu'on essaie de mettre en mots forcément approximatifs, éventuellement maladroits et souvent trop faibles pour la charge qu'ils sont censés porter. Centré nickel n'est pas une expression que j'ai employée, peut-être parce que cette expression recèle quelque chose de l'ordre d'un effort qui pourrait bien passer par le mental. Si c'est ça, d'accord c'est généralement un leurre. Donner une intention, un cadre au soin ne me semble pas dérangeant. Ce qui ne me convient pas sur le plan conceptuel, c'est d'installer une intention dans ses mains ! Cette intention implique nécessairement qu'elle ne sont pas vierges d'information puisque par définition elles en contiennent une par la volonté de leur propriétaire. Alors comment accueillir celle ou celles qui vont se présenter successivement si elles ne disposent pas de toute la place possible pour se faire connaître. Si je tentais un parallèle osé, je dirais que c'est une affaire de détachement à la manière de Maître Eckhart. Pour lui, recevoir Dieu n'est possible que si on lui fait toute la place. Plus prosaïquement, ce qui est certain pour moi c'est que si la main n'est pas disponible, si elle contient le plus petit gramme de faire, ce petit gramme pèse lourd et se révèle comme un handicap pour la perception la plus juste et par conséquent la plus à même d'orienter le traitement dans la meilleure direction. Ce que je décris là est un idéal et je ne prétends pas y parvenir à chaque fois et avec facilité. Mais nous avons des moyens pour donner à nos mains la plus grande neutralité et, partant de là, une très grande efficience. Mais, je me répète, sûrement pas en les chargeant d'une intention.
Je m'aperçois que je n'ai pas répondu à l'intention inconsciente--vous dites d'ailleurs cachée et inconsciente ce qui est drôlement planqué en l'occurrence. Est-ce qu'elle concerne le thérapeute ? auquel cas il est normal qu'il n'y ait pas réfléchi puisqu'elle n'est pas consciente, ou bien concerne-t-elle le patient et comment fera le thérapeute pour la débusquer ? Il y a sûrement quelques pages à noircir pour bien préciser les choses et pas moins pour tenter d'y répondre.
Et tout ça à quatre pattes !
Cordialement. Et merci d'honorer mes rares pensées qui n'en méritent sans doute pas tant.

Hamouchi 30/03/2016 08:53

Être centre sur soi et non sur le patient et laisser les tissus nous guider vers la mobilité sans préalable et sans a priori ni pression du résultat .
Mais pour cela il ne faut pas être dans la contrainte d'un cabinet et d'un agenda rempli ! Il faut pouvoir donner et aimer sans vouloir recevoir .... Il est donc bien normal que les plus jeunes qui ont faim aient le plus de mal .... C'est un chemin long et sinueux mais tellement lumineux .
Patience et travail ....

Trickster 02/04/2016 11:04

Allez aujourd'hui je reste assis. Il n'y avait pas de malice de ma part dans le 4pattes, juste une façon de faire l'intéressant en montrant que j'avais reconnu mon inter-scripteur. Personne ne peut prétendre à la perfection sans risquer de se couvrir de ridicule. Je ne cherche pas ça moi non plus. Mais on se doit au moins d'essayer, c'est ça qui est intéressant. Quant à discuter sur une magnifique revue ce serait me pousser à être moins paresseux. C'est un défi.

Patrick Chêne 01/04/2016 18:25

Merci pour la réponse, l'intention cachée est celle du praticien, ce petit rien qui fait que l'on n'est pas sans intention, malgré 25 ans d'effort intensif pour y arriver (pour ma part...). Ce petit epsilon, qui parfois se rapproche de sa limite et devient énorme ....alors on peut comme vous le dites tendre vers .... mais comment principe de réalité oblige on n'y arrive pas, on peut prendre un chemin différent mais qui finit par rejoindre l'autre. Prendre des intentions affichées, plusieurs en suivant. C'est ainsi qu'avec un balance fausse, on fait des double ou triple pesées pour avoir une pesée juste et je pense qu'il peut en être ainsi .... sans "emm..." le patient.
Au fait inutile de se mettre à 4pattes, les deux tiers de mes patients son humains ... Mais tout cela peu faire l'objet de discussion sur une magnifique revue non ?

Trickster 30/03/2016 13:11

Merci William pour ce commentaire... éblouissant.
Amitiés